Lorsque l'on réfléchit bien
On a tous un meurtrier
Caché au fond de nous
♫ Alesana - Congratulations, I Hate You------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Il n'y a
rien à écrire parce qu'il y a
trop de choses à dire. Il y a
tellement d'éléments à
déverser que si je les mettais tous, cela produirait un
ras-de-marée. On ne peut se réduire à
l'essentiel avec des sentiments tels que la
douleur, la
peur, l'
orgueil, le
désespoir et la
haine. Tout ce halo de sensations
combinées renvoie à une façon d'être que je ne saurai décrire avec
précision.
La haine. J'en suis si
remplie qu'elle me
ronge l'être et me
broie le coeur avec la
violence de
l'infâmie.
Ce soir, je veux tuer. Ce mot qui habituellement en fait
frémir plus d'un m'écorche la bouche avec le même
plaisir viscéral que produit la
torture. Mes yeux s'allument d'une lueur
étrange et, observant mon reflet au-travers d'un
miroir brisé, mon regard dissimulé derrière des mèches de
cheveux ébouriffés, je prends conscience de la
démence qui habite mon âme depuis un certain temps déjà. Pliée en deux sur une chaise
trop confortable, je souhaiterais voir le temps
s'arrêter.
Tu es
dehors. Tu ne sais même plus ce qu'on t'as dit ni ce qui s'est
passé, tu sais juste que tu es
hors de toi et que tu as une furieuse envie de
pleurer. Tu as les poings si serrés que tes jointures sont
blafardes. Inconsciente, tu marches comme un
automate ; tu arrives à peine à réaliser que ce sont tes pas qui te guident. Les gens ne se
retournent plus sur ton passage car désormais, ton style est trop
banal pour être remarqué. En croisant ton reflet dans une vitre de voiture, tu songes avec
amertume que si tu as ce look de
tectonikilleuse à la con, c'est uniquement pour te faire des
amis. Ta silhouette se découpe tristement sur le goudron
désseché, tu ne ressembles à
rien. Tu es un pantin désarticulé, dirigé par quelque esprit
invisible et
malfaisant. Les rappeurs que tu croises te mattent, un sourire aux lèvres, alors qu'avec ton ancien look pas un seul rocker ne t'avait porté la moindre
attention. Passant devant un mur de briques, tu lis en gros caractères :
Mél + Will = Best Friends. Ta vision se brouille et les lettres changent. Il y a désormais écrit
Pie + Angie = Best Friends. Un bref sourire éclaire ton visage, que tu chasses d'un simple haussement d'épaules :
de toute façon ça craint. Tu ignores pourquoi, tu as les
larmes aux yeux mais des passants s'approchant, tu te composes aussitôt cet
éternel visage impassible derrière lequel tu te caches
tout le temps. Tu n'es
rien et tu ne ressens
rien.
Arrivée à la boulangerie, la vendeuse te demande avec une
moue compatissante ce que tu désires. Tu promènes des yeux
hagards autour de toi avant de t'apercevoir que tu n'as pas de monnaie européenne, juste des livres sterlings. Adressant un faible sourire d'excuse à la marchande, tu repars en
traînant les pieds, les mains vides, déambulant sans but dans les ruelles. Tu entends déjà ta mère te traiter de
bonne à rien, te disant que tu finiras
seule et
à la rue, qu'il n'y a pas de
place pour toi dans ce monde, le pire étant qu'elle a entièrement
raison. Fermant les yeux, tu demandes à voix haute
pardon à toute la Terre d'être
née. En cet instant, tu te demandes pourquoi ta mère n'a pas
avorté. Elle aurait été
heureuse ainsi et toi aussi. Ce pensant, tu relis un texte déjà vu un peu plus tôt sur les conditions de
l'avortement. Tu as la sensation de te faire
arracher les bras et les jambes par une sorte de robot, et une violente envie de
vomir te saisit.
Des cris. Des hurlements. Et des coups qui
tombent. Les insultes
fusent. Tu as du mal à te
contenir. Tu n'as envie que d'une chose : lui rendre
coup pour
coup.
Du sang. Ta vision en est remplie et cela te fait trembler de
plaisir. Tu voudrais la réexpédier dans ses
buts, au moins lui
interdire de te frapper, mais la présence de ton père non loin t'en empêche ; tu as trop
peur de lui pour
opposer une résistance. Les larmes te picotent les yeux. Des larmes de
dégoût, des larmes d'
impuissance. Elle a agit
précisément comme tu l'avais prédit. Tout est décidément trop
prévisible. A force de
patience, tu contrôles le
monstre qui est en toi, tu le forces à
rentrer en son fort. Mais pour combien de temps y restera-t-il ?... L'
excitation et la
lassitude t'envahissent, et tu veux
tout jeter par la fenêtre. Plus tard tu seras condamnée à mourir car ici tu n'a jamais été qu'une
simple mortelle. Il n'y a
rien à ajouter parce que
trop de choses sont demeurées
muettes. - Angie -